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Les Echos Innovation - Mars 2005 -

Par Marion Kindermans


La spiruline courtisée pour ses propriétés nutritives


Sous l’impulsion de chercheurs de l’institut océanographique Paul-Ricard et de l’Institut de recherche pour le développement, cette algue fait l’objet de nouveaux tests de production.

La spiruline, algue verte en forme de spirale présentant la particularité d’être riche en protéines, fait les beaux jours de gros industriels de la parapharmacie américains ou chinois. Ces sociétés vendent cette cyanobactérie sous forme de gélules utilisées comme coupe-faim dans les pays riches. En France, ce sont surtout les groupes spécialisés dans les produits marins, comme Daniel Jouvance et Thalgo, ou de petites sociétés comme Algues de Bretagne, qui l’intègrent depuis peu dans leurs produits « minceur ».

Le marché très en vogue des compléments alimentaires pousse quelques entreprises à se lancer dans la production industrielle de cette algue. En particulier dans le Sud, près de Montpellier, ou dans les Hautes-Alpes, en raison des besoins en température de l’algue, situés entre 25 et 35 °C. Poussant naturellement dans des eaux alcalines des zones intertropicales, et consommées depuis des siècles dans certains pays comme le Tchad, la spiruline est composée à plus de 60% de protéines, quand le riz en contient 10%. Ce végétal à la croissance rapide possède en outre de nombreuses vitamines , des éléments minéraux et des oligo-éléments.


Des perspectives multiples


Autant de qualité qui expliquent l’intérêt que lui ont porté, dans les années 1980, les chercheurs de l’Orstom (aujourd’hui Institut de recherche pour le développement, IRD). Notamment dans le but d’utiliser cette algue comme ressource alimentaire dans les pays pauvres. Les travaux de recherche ont été ensuite abandonnés. « On a réalisé qu’elle été compliquée à cultiver. Il y a eu pendant longtemps une grande réticence de la part de la communauté scientifique française. La spiruline faisait trop souvent l’objet de discours excessifs la présentant comme un produit miracle qui soignait tout », précise Loïc Charpy, directeur de recherche de l’IRD. Avec Nardo Vicente, professeur à l’université Paul-Cézanne, à Aix-en-Provence, et directeur scientifique de l’institut océanographique Paul-Ricard, il contribue à remettre la spiruline sur le devant de la scène. A leur initiative, un colloque international s’est tenu sur l’île des Embiez, dans le Var, où est situé l’Institut Paul-Ricard.

« Un nouveau créneau se dessine pour les pays du tiers-monde : devenir des producteurs pour les pays occidentaux, indique Loïc Charpy. En effet, la demande mondiale en spiruline va augmenter dans l’avenir pour deux raisons : à cause du marché en progression des compléments alimentaires et parce que de récentes recherches internationales ont porté sur l’extraction des molécules de l’algue, avec comme conséquences des perspectives d’utilisation très diverses. »

Ainsi, après extraction, le pigment bleu de la spiruline, qui permet de fixer l’oxygène, pourrait être utilisé par les sportifs. Après le travail mené au Tchad dur la culture de spiruline, Nardo Vicente a créé en avril dernier une station expérimentale de production dans la propriété de Paul Ricard en Camargue. Objectif : développer la formation de techniciens. « Nous construisons un outil pédagogique. Le but est de recevoir des stagiaires des pays du tiers-monde pour leur apprendre à faire pousser l’algue »,explique-t-il. Une formation sur la culture de la spiruline a également démarré au lycée agricole de Hyères dans le Var.


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